Artiste acteur culturel et membre du Conseil National de la Transition (CNT), Mohamed Lamine Diallo, alias Mamadou Thug, s’impose depuis plus de vingt ans comme une figure incontournable de la scène culturelle guinéenne. Fondateur de troupes et de festivals de référence, il revient, dans cet entretien exclusif, sur son parcours, ses projets et sa vision pour la jeunesse et l’avenir de la Guinée.
Pour commencer, qui est Mamadou Thug en quelques mots ?
Je suis Mohamed Lamine Diallo, plus connu sous le nom de scène Mamadou Thug. Je suis artiste comédien, acteur culturel, et membre du Conseil National de la Transition (CNT), où je représente le secteur culturel. Je siège à la Commission Santé, Éducation, Affaires Sociales et Culturelles, où je suis régulièrement consulté sur les questions liées à la jeunesse, aux sports et à la culture. C’est un honneur pour moi d’apporter ma modeste contribution sous la supervision de l’honorable Dr Dansa Kourouma, président du CNT, et de l’honorable Professeur Hassane Bah, président de notre commission. Mais avant tout, je reste un passionné de culture.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans le théâtre et la comédie ?
C’est le destin, tout simplement. Depuis 1998, j’évolue dans ce milieu grâce à la confiance de mes grands frères du quartier Cosa, qui m’ont introduit dans cet univers. C’est au sein de la troupe Lewrou Djéré, dirigée par M. Amar Barry alias Modi Oumar, que j’ai été formé. Ils nous ont enseigné, encadré et transmis leur passion. C’est ainsi que tout a commencé pour moi.
Vous êtes le fondateur des Messagers du Temps et de Soudou Daardja Prod. Quel est l’objectif de ces initiatives ?
Les Messagers du Temps est une compagnie que j’ai cofondée avec Mohamed 5 Camara à l’époque où j’étais au collège de Koloma et lui au lycée de Kipé. Avec d’autres jeunes passionnés, nous avons évolué du collège à la scène nationale : du Centre Culturel au Palais du Peuple, jusqu’à la RTG.
Nous avons marqué les esprits avec des pièces de théâtre, des contes et des sketchs, notamment Mamadou Yalti Golè (2004). Nous avons remporté la médaille d’or en langue française lors de la 4e Rencontre Théâtrale de Guinée. En 2006, mon film Mamadou en Ville a connu un succès national et m’a valu le surnom de Mamadou Thug.
Quant à Soudou Daardja Prod, c’est un label que j’ai créé en 2010 avec des frères du quartier. Il m’a permis de mener plusieurs projets culturels d’envergure, tant au niveau individuel que collectif. Grâce à ce label, nous avons lancé deux événements majeurs en Guinée :
L’Open Comédie Club de Conakry, premier rendez-vous professionnel de l’humour en Guinée.
Le Festival des Arts et du Rire de Labé, première rencontre culturelle internationale hors de Conakry, dédiée à la sensibilisation, la formation, la création artistique, l’artisanat et le tourisme.
Notre objectif reste la promotion de la culture guinéenne avec de nouvelles ambitions et de l’innovation.
Le Festival des Arts et du Rire de Labé est aujourd’hui une référence. Quelle est votre motivation principale derrière ce projet ?
(Rires) Notre motivation, c’est de mettre en avant la Guinée et sa richesse culturelle. Depuis plus de dix ans, nous faisons venir de grandes figures artistiques du monde entier à Labé, dans la magnifique région du Fouta Djallon, pour offrir un événement digne du nom à notre pays.
Comment avez-vous vécu votre expérience au Conseil National de la Transition (CNT) ?
Le CNT est pour moi une véritable école. C’est un lieu de rencontres entre les différentes composantes de la société guinéenne, une initiative salutaire du Président de la Transition, le Général Mamadi Doumbouya.
Je remercie tous les entrepreneurs culturels qui ont soutenu ma candidature, ainsi que le Président de la République pour la confirmation de cette confiance. Je rends également hommage à l’honorable Dr Dansa Kourouma et au Professeur Hassane Bah pour leur leadership, ainsi qu’à tout le personnel administratif du CNT qui nous accompagne efficacement dans la rédaction et l’analyse de nos propositions.
Quel est votre regard sur la situation actuelle du pays ?
Comparée à d’autres pays en transition, la Guinée se porte plutôt bien, Alhamdoulilah. Depuis le 5 septembre 2021, des progrès significatifs ont été réalisés.
Concernant le retour à l’ordre constitutionnel, un grand travail a été accompli. Le référendum est prévu pour le 21 septembre 2025. J’invite tous les Guinéens à aller voter favorablement pour cette nouvelle constitution, qui nous ressemble et nous rassemble.
Il est essentiel que chacun prenne le temps de lire et de comprendre cette loi fondamentale, car elle est conçue pour une Guinée meilleure. En attendant, nous travaillons à finaliser toutes les lois organiques qui accompagneront cette constitution.
Quels sont vos projets actuels ou à venir ?
Nous préparons la 5e édition de l’Open Comédie Club de Conakry, prévue pour décembre 2025, ainsi que la prochaine édition du Festival des Arts et du Rire de Labé, en mai 2026.
Actuellement, je suis à Dakar, où je participe à des activités culturelles. Fin septembre, je reviendrai pour un événement dédié aux élèves, étudiants et stagiaires guinéens au Sénégal, où j’interviendrai comme conférencier sur la culture guinéenne. Avant cela, je serai en Côte d’Ivoire pour participer au Festival RÊVE de Grand-Bassam, où j’animerai également des panels.
Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse guinéenne et africaine ?
À toute la jeunesse guinéenne et africaine, je dis : ne vous laissez pas distraire par les réseaux sociaux. Cherchez plutôt des formations qualifiantes et utiles pour construire une Guinée et une Afrique meilleures.
J’appelle aussi mes frères guinéens à éviter les violences lors des revendications. Manifester est un droit, mais préserver sa vie est une priorité. Depuis des années, j’alerte sur les dérives dans certaines zones comme “l’axe”, où des bandits infiltrent les mouvements pour semer le désordre. J’en ai moi-même été victime.
Le cas de notre ami, le journaliste de la RTG Daouda Diallo, agressé violemment avant-hier alors qu’il était en reportage, en est un exemple. Il risque de perdre un œil ! J’habite à Cosa depuis plus de 30 ans et je connais bien ces réalités.
Enfin, je voudrais dire un mot sur les dérives sur les réseaux sociaux : il est regrettable de voir certaines personnes, par manque d’éducation ou par jalousie, insulter les leaders, les érudits et ceux qui ont travaillé dur pour réussir. Il est temps de restaurer les valeurs, le respect et l’éducation familiale dans notre société.
Merci à vous et à toute l’équipe de Conakryweb.com, depuis Dakar.
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