Mariame Kourouma (ONG Solidariz) : « Restaurer la dignité de ces femmes vaut autant que l’aide financière »

Derrière les chiffres de la précarité à Conakry se cachent des visages, des parcours et une volonté de fer. Alors que l’ONG Solidariz vient de remettre une assistance cruciale à vingt mères de famille, sa Présidente, Mariame KOUROUMA, nous livre les coulisses de cette opération. Entre rigueur de sélection et volonté de sortir de l’assistanat, elle explique pourquoi le combat pour l’autonomisation des femmes passe aussi par la reconquête de l’estime de soi.

Le choix de la « responsabilité familiale effective »

Conakryweb : Madame la Présidente, extraire seulement vingt profils au sein de la multitude de femmes qui animent les marchés de la capitale semble être un défi immense. Quelle a été votre méthode ?

Mariame Kourouma : C’est un véritable travail de bénédictin qui a mobilisé nos équipes durant plusieurs semaines. Nous avons arpenté le terrain, du Km 36 jusqu’à Boulbinet, pour aller au-delà des apparences. Notre boussole a été le critère de la « responsabilité familiale effective ». Nous nous sommes concentrés sur les piliers de foyers : des veuves, des mères dont les conjoints sont au chômage ou partis tenter leur chance à l’étranger. Pour ces femmes, ce million de francs guinéens n’est pas une simple somme ; c’est le levier qui transforme une économie de survie, au jour le jour, en une véritable activité génératrice de revenus.

Le bien-être comme levier de performance

Conakryweb : Vous avez couplé ce don financier à une journée de « bien-être », incluant maquillage et repas. Pourquoi ce choix qui pourrait paraître secondaire face à l’urgence matérielle ?

Mariame Kourouma : Détrompez-vous, ce n’est absolument pas secondaire. La pauvreté ne vide pas seulement les poches, elle use la dignité et l’image de soi. Ces femmes se lèvent à 4 heures du matin et s’oublient totalement au profit de leur foyer. En leur offrant cette parenthèse, nous leur envoyons un message fort : « Vous êtes belles, vous êtes essentielles et la nation vous voit. » Ce n’est pas du luxe, c’est de la restauration humaine. Une femme qui se sent valorisée et respectée gérera son étal avec une détermination et une assurance décuplées.

Vers une mutation de l’informel au business structuré

Conakryweb : En 2026, cinq de ces bénéficiaires franchiront une nouvelle étape avec un suivi renforcé. Quels seront les critères de ce « second tour » ?

Mariame Kourouma : Nous sortons ici de la philanthropie pure pour entrer dans l’accompagnement entrepreneurial. La sélection pour le programme « Mon chariot, mon business » et pour la formalisation administrative se basera sur la rigueur de gestion. Nous allons observer de près comment ce premier capital est réinvesti. Celles qui feront preuve de dynamisme et, surtout, celles qui commenceront à tenir un carnet de comptes, seront nos priorités. Notre ambition finale est de briser le cycle de l’assistanat éternel pour transformer ces courageuses vendeuses de rue en entrepreneures structurées et pérennes.

Interview réalise par : SOW Telico, pour conakryweb.com

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