Alors que les routes guinéennes continuent de broyer des vies à un rythme effréné, la société civile monte au créneau. Entre manque de formation des conducteurs, vétusté du parc automobile et défaillances étatiques, Dr Mamady KABA, Président de la LIDA, livre un diagnostic sans concession sur ce qu’il qualifie de responsabilité partagée. Analyse d’un fléau qui a déjà coûté la vie à des milliers de citoyens.
Un bilan macabre qui ne faiblit pas
Le constat est glacial. Selon les chiffres du ministère des Transports, l’année 2024 s’est refermée sur une véritable hécatombe avec près de 8 000 décès enregistrés sur l’ensemble du territoire. La tendance ne semble pas s’inverser en 2025 : l’Agence guinéenne de la sécurité routière (AGUISER) recense déjà 165 morts pour plus de 1 200 accidents au cours du seul premier semestre. Derrière ces statistiques se cache une tragédie humaine quotidienne qui suscite l’indignation des acteurs des droits de l’homme.
Le volant entre les mains de l’ignorance
Interrogé par notre rédaction, Dr Mamady Kaba, ancien président de l’INIDH et actuel président de la Ligue pour les droits et la démocratie en Afrique (LIDA), pointe du doigt un facteur structurel : le déficit de formation.
« La plupart des conducteurs n’ont jamais fréquenté une auto-école. Ils se limitent à savoir démarrer, reculer ou s’arrêter, sans maîtriser les règles essentielles de la circulation », déplore-t-il.
Pour l’activiste, cet incivisme notoire, couplé à une méconnaissance profonde du code de la route et de la notion de priorité, transforme nos chaussées en zones de non-droit où la précipitation l’emporte sur la prudence.
Entre épaves roulantes et routes dégradées
Au-delà du facteur humain, l’état technique des véhicules est sévèrement mis en cause. Dr Kaba fustige la négligence des propriétaires qui font l’impasse sur l’entretien régulier de leurs engins. Qu’il s’agisse de motos ou de voitures, les défaillances mécaniques sont monnaie courante. Ce tableau sombre est complété par l’état de délabrement de certaines infrastructures routières, qui agissent souvent comme des pièges mortels pour les usagers.
L’État face à ses responsabilités : sévérité et réformes
Pour le président de la LIDA, le gouvernement ne peut rester simple spectateur. La puissance publique doit reprendre la main, d’abord par l’éducation, mais surtout par la fermeté.
- Sanctions accrues : Une répression sévère des dérives et des accidents graves.
- Refonte de la police routière : Un investissement massif pour augmenter les effectifs, améliorer l’équipement et renforcer la formation des agents afin de restaurer leur autorité et leur image.
- Contrôles techniques : L’imposition de visites techniques rigoureuses et de formations obligatoires pour l’obtention du permis.
En rappelant que « la sécurité est un droit », Dr Mamady Kaba exhorte les autorités à transformer les promesses en actes pour que la route cesse d’être, en Guinée, un synonyme de deuil national.
Leave a Reply