Présidentielle du 28 décembre : Quand la « guerre des images » fracture la mobilisation à Kaloum

À l’approche du scrutin crucial de dimanche, la tension monte d’un cran en Guinée, révélant les fêlures au sein de la machine électorale du candidat Mamadi Doumbouya. Mercredi, à Kaloum, ce qui devait être une démonstration de force unitaire s’est transformé en un psychodrame politique. Entre tentatives de récupération et soif d’autonomie, le divorce brutal entre les transporteurs du port et le ministre Moussa Moïse Sylla illustre la difficulté des cadres à mobiliser sans « emprunter » les foules d’autrui.

Une alliance de circonstance qui vire au clash

L’initiative semblait pourtant claire : les transporteurs du port de Conakry entendaient marcher seuls pour marquer leur soutien au président-candidat. Par courtoisie, ils invitent le ministre de la Culture, Moussa Moïse Sylla. Ce dernier accepte et convie des artistes, hissés pour l’occasion sur des remorques. Mais le pacte de confiance vole en éclats dès l’arrivée à la place des Martyrs. L’intrusion soudaine de figures politiques comme Baidy Aribot et Apach Bereté aux côtés du ministre met le feu aux poudres.

Le spectre de la récupération politique

Pour les transporteurs, la ligne rouge a été franchie. Ils y voient une manœuvre opportuniste visant à s’approprier leur base pour briller aux yeux du palais. « Ils veulent récupérer cette marche pour montrer les images au président, comme si c’était eux qui avaient mobilisé », s’emporte un conducteur de remorque, exigeant le départ immédiat des intrus.

La discorde s’accentue quelques hectomètres plus loin. Lorsque le ministre Sylla monte sur le capot d’un véhicule pour haranguer la foule en direction du Palais du Peuple, les transporteurs marquent physiquement leur distance. « Que le ministre fasse sa marche à part. Nous ne sommes pas ensemble », tranche un autre manifestant, signifiant ainsi la fin de la collaboration.

« Vous nous avez trahis » : le divorce est consommé

Le camp ministériel, piqué au vif, ne cache pas son amertume. Un cadre du ministère de la Culture dénonce un « revirement » et accuse les transporteurs de trahison. Ce dialogue de sourds met à nu une réalité souvent tue en période électorale : la quête désespérée de visibilité de certains responsables institutionnels qui, faute de pouvoir mobiliser leurs propres troupes, tentent de s’adosser à des mouvements sociaux spontanés.

Deux cortèges, deux réalités

La rupture s’est finalement matérialisée sur le bitume. D’un côté, les transporteurs ont poursuivi leur route vers l’aéroport, réaffirmant une autonomie jalousement gardée. De l’autre, les acteurs culturels se sont repliés sur le Palais du Peuple. Si l’objectif final reste le soutien à Mamadi Doumbouya, la manière, elle, a laissé des traces. Ce « divorce de Kaloum » sonne comme un avertissement pour les états-majors : sur le terrain, la légitimité ne se décrète pas, elle se construit.

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