Justice : Le « cas Algassimou Diallo » ou le défi de l’autorité de l’État à N’Zérékoré

Nommé officiellement à la tête du parquet de N’Zérékoré, le procureur Algassimou Diallo brille toujours par son absence sur le terrain. Alors que les semaines s’écoulent sans prise de fonction, ce mutisme prolongé interroge : peut-on être magistrat et s’offrir une affectation « à la carte » ? Entre fragilisation de l’appareil judiciaire en région forestière et entorse à la discipline républicaine, analyse d’un blocage qui fait tache.

Une affectation n’est pas une suggestion

Dans l’ordonnance d’un État de droit, le mouvement des magistrats n’est ni une invitation à la carte, ni une option soumise au bon vouloir personnel. C’est un acte administratif exécutoire. Pourtant, en refusant — de fait — de rejoindre son poste, le procureur Algassimou Diallo s’aventure sur un terrain glissant.

Ce refus déguisé de prise de service ne constitue pas seulement une anomalie administrative ; c’est une entorse frontale aux principes de hiérarchie et de continuité du service public. En agissant ainsi, l’intéressé semble placer ses préférences personnelles au-dessus des nécessités de l’institution, ouvrant la voie à une justice où l’obéissance deviendrait facultative.

N’Zérékoré : Un parquet « cœur battant » laissé en apnée

Le choix de la destination n’est pas anodin. N’Zérékoré, région aussi stratégique que sensible, ne peut se payer le luxe d’un parquet fantôme. Le Procureur de la République y est le pivot central de l’ordre public, le garant des poursuites pénales et le protecteur des citoyens.

Laisser ce siège vacant, c’est fragiliser l’autorité de la loi dans une zone qui a vitalement besoin de repères judiciaires solides. Chaque dossier sensible en attente, chaque procédure ralentie par cette absence physique, est une pierre jetée dans le jardin de la crédibilité de l’État en Guinée Forestière.

Le silence assourdissant du ministère et du CSM

Face à ce bras de fer qui ne dit pas son nom, le silence du magistrat est total. Aucune justification n’a été rendue publique, alimentant les rumeurs les plus folles dans les couloirs des palais de justice. Mais au-delà de l’individu, c’est l’inaction des autorités de tutelle qui interpelle.

Le Ministère de la Justice et le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) se retrouvent au pied du mur. Tolérer une telle situation, c’est accepter que la discipline judiciaire soit à géométrie variable. L’autorité de l’État ne se négocie pas, elle s’exerce.

N’Zérékoré est en droit d’exiger un procureur présent et opérationnel. Si nul n’est censé être au-dessus de la loi, il est temps que le sommet de la pyramide judiciaire rappelle qu’un magistrat, fût-il procureur, reste avant tout un serviteur de la République. Dans le cas contraire, c’est l’édifice même de l’État de droit qui risque de vaciller.

lesfaits224

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