Entre les gaz d’échappement et le vrombissement des moteurs, des centaines de femmes et d’enfants bravent quotidiennement la mort sur les axes routiers de la capitale guinéenne. Pour ces vendeurs à la sauvette, chaque embouteillage est une opportunité commerciale, mais aussi un risque de tragédie. Immersion dans une économie de l’extrême où la nécessité de se nourrir l’emporte sur l’instinct de conservation.
Un slalom périlleux entre les pare-chocs
Sur les artères saturées de Conakry, le spectacle est devenu tristement banal. Dès que le trafic ralentit, une armée de vendeurs s’élance sur la chaussée. Portant en équilibre des plateaux d’eau fraîche, des fruits de saison ou des gadgets divers, ils se faufilent entre les bus, les camions et les voitures particulières. Leur terrain de jeu ? Le goudron. Leur cible ? Des automobilistes pressés. Ici, la vente à la sauvette n’est pas un choix, mais un combat de chaque instant pour la subsistance.
Le témoignage de Mariame : « Le marché nous est interdit par la pauvreté »
Pour beaucoup, comme Mariame Ciré Cissé, la rue est le seul espace de vente accessible. Veuve et chef de famille, elle explique la cruelle équation financière qui la pousse sur l’asphalte : « Aller au marché est devenu un luxe. Entre la location d’une table et les taxes de place, je n’en ai pas les moyens », confie-t-elle avec amertume.
Son quotidien est un arbitrage permanent entre la faim et le danger. Si elle tente de préserver ses enfants de ce milieu hostile, la réalité la rattrape souvent en fin de journée : « Parfois, mes enfants viennent m’aider le soir. Je sais que c’est risqué, mais je le fais pour une cause noble. Je m’en remets à la protection divine. »
L’impuissance des autorités face au chaos
Sur le terrain, les forces de l’ordre semblent dépassées par l’ampleur du phénomène. Interrogés, les policiers en poste préfèrent garder le silence officiel. Toutefois, en « off », l’un d’eux concède une certaine forme de résignation : « Elles refusent de quitter la route car c’est leur seul gagne-pain. En l’absence de solutions alternatives, nous sommes obligés de tolérer cette situation en attendant une décision plus globale. »
Un danger invisible mais omniprésent
Si les statistiques officielles imputent rarement les accidents de la route directement à ces vendeurs, la menace est pourtant bien réelle. Un freinage brusque, une portière qui s’ouvre ou une manœuvre d’évitement peut transformer une simple vente en drame. La présence de jeunes enfants, vulnérables et imprévisibles au milieu du flux migratoire des véhicules, constitue une véritable bombe à retardement sociale.
Sans une politique d’insertion économique ou la création d’espaces de vente de proximité à bas coût, le bitume de Conakry continuera de servir d’étal à cette population qui, chaque jour, parie sa vie pour un morceau de pain.
SOW Telico
Leave a Reply