Enfer respiratoire au Km 36 : Quand le grand nettoyage vire au poison collectif

Alors que le Grand Conakry vibre au rythme des opérations de déguerpissement pour « rendre la ville aux citoyens », un scandale sanitaire couve au marché de Km 36. Entre montagnes d’immondices et fumées toxiques issues d’incinérations sauvages, le quotidien des commerçants et des riverains est devenu un véritable chemin de croix. Enquête sur un assainissement qui part en fumée.

Un décor d’apocalypse au cœur des échanges

Le décor est planté, et il est loin d’être reluisant. Au Km 36, les ordures ne font plus seulement partie du paysage, elles l’étouffent. Éparpillés à l’intérieur comme aux abords du marché, ces tas de déchets rendent l’air vicié pour quiconque ose s’y aventurer. Mais le pire reste à venir : pour tenter de réduire ce volume ingérable, la solution du pire a été adoptée : l’incinération. Résultat ? Une nappe de fumée épaisse et délétère qui s’accroche au quartier comme un linceul.

« On tousse, les yeux piquent » : le cri de détresse des usagers

Sur place, la colère le dispute à la fatigue. Pour les vendeurs, rester debout toute la journée dans ce brouillard chimique est une question de survie économique, au prix de leur santé. « Nous travaillons au milieu des ordures », s’indigne Aïssatou Diallo, vendeuse. « Quand ils brûlent les déchets, la fumée envahit tout. On n’a pas le choix, il faut vendre pour manger. » Même constat d’impuissance chez les riverains. Mamadou Barry, dont la maison subit les assauts de l’odeur fétide, ne cache plus son exaspération : « La fumée s’invite jusque dans nos chambres. C’est insupportable. Comment les autorités peuvent-elles laisser faire ça ? »

La faillite du système de ramassage

Pourquoi en est-on arrivé là ? Pour les acteurs du marché, le diagnostic est simple : c’est le vide organisationnel. « Il n’y a pas de poubelles, pas de ramassage régulier. Chacun jette où il peut, et finit par brûler », déplore Fanta Camara.

L’appel est désormais lancé aux autorités locales et aux services d’assainissement. Le déguerpissement ne peut être la seule réponse à la salubrité ; sans un mécanisme de collecte digne de ce nom, le Km 36 continuera de consumer la santé de ses fils.

SOW Telico

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