Pionnier du rap guinéen et membre fondateur du tout premier groupe de rap du pays, Kill Point, Amadou Barry, alias Prophète G, se confie dans une interview exclusive. Il revient sur son parcours, son regard sur l’industrie musicale guinéenne, son engagement culturel et le message fort qu’il adresse à la jeunesse, entre résilience, foi et transmission.
PRÉSENTATION
Je m’appelle Amadou Barry, connu sur la scène musicale sous les noms de Prophète G, Seydiyanké et Mc Maoudho. Né à Timbo, je fais partie des pionniers du rap guinéen en tant que membre fondateur du groupe Kill Point, le tout premier groupe de rap guinéen.
À travers cette aventure, nous avons ouvert la voie à toute une génération et porté la voix d’une jeunesse consciente et engagée.
Amadou Barry, plus connu sous le nom de Prophète G, pouvez-vous revenir sur votre parcours au sein du groupe Kill Point et nous dire ce que cette expérience a représenté pour vous ?
Le groupe Kill Point a marqué une étape très importante de ma vie. C’était bien plus qu’un groupe de musique : c’était une famille, une école et une mission.
À travers Kill Point, nous avons porté la voix d’une jeunesse consciente, engagée et en quête de vérité. Cette expérience m’a forgé aussi bien humainement qu’artistiquement, et elle reste profondément gravée en moi, encore aujourd’hui.
Comment analysez-vous aujourd’hui l’industrie musicale guinéenne : ses forces, ses faiblesses et ses perspectives d’évolution ?
La musique guinéenne possède une identité forte et une richesse culturelle exceptionnelle. Les talents ne manquent pas, et c’est une véritable force.
Cependant, des défis subsistent, notamment en matière de structuration, de management et d’accompagnement des artistes. Avec une meilleure organisation et davantage de professionnalisme, notre musique peut aller encore plus loin et s’imposer durablement sur la scène internationale.
Après l’arrêt de votre carrière musicale, quels projets ou initiatives envisagez-vous pour soutenir et promouvoir la culture guinéenne ?
Suite à l’accident que j’ai connu, j’ai été contraint de ralentir et de me retirer momentanément de la scène. Aujourd’hui, je suis en convalescence, dans une phase de calme et de réflexion.
Mais mon attachement à la culture guinéenne reste intact. À l’avenir, si Dieu le permet, j’aimerais contribuer autrement : à travers le conseil, la transmission d’expérience et le soutien aux jeunes talents. La culture se défend aussi dans le silence et la sagesse.
De nombreux jeunes vous considèrent comme une idole et une référence. Quel message souhaitez-vous leur adresser ?
Je remercie la jeunesse pour son amour et son respect. Mon message est simple : restez patients, persévérants et dignes.
La vie peut parfois nous imposer des pauses, mais elles ne signifient pas la fin. Il faut garder la foi, croire en ses rêves et avancer avec des valeurs solides. Le vrai combat, c’est celui de l’intégrité.
Quel regard portez-vous sur la situation politique actuelle en Guinée et quel rôle la culture peut-elle jouer dans ce contexte ?
La Guinée traverse une période délicate qui appelle à beaucoup de responsabilité et de sagesse. Le dialogue, la paix et l’unité doivent rester des priorités.
La culture peut jouer un rôle fondamental : elle rassemble, elle apaise et elle éduque. Les artistes ont un rôle de conscience sociale, même lorsqu’ils ne sont pas physiquement présents sur le terrain
Pour conclure, comment aimeriez-vous que l’histoire retienne Prophète G et quel héritage souhaitez-vous laisser à la jeunesse guinéenne ?
J’aimerais que l’on se souvienne de Prophète G comme de quelqu’un qui a essayé de rester fidèle à ses convictions, malgré les épreuves.
Si je dois laisser un héritage, ce serait celui de la sincérité, du courage et de la résilience. Dire à la jeunesse que même dans les moments de silence ou d’épreuve, on peut continuer à inspirer.
Boubacar Mir
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