Elle est de celles dont le silence est aussi éloquent que le verbe est rare. À 50 ans, la Pre Mabetty TOURE, Directrice Générale de l’Institut Supérieur Agronomique et Vétérinaire (ISAV) de Faranah, incarne cette élite guinéenne qui a choisi le retour aux sources et la rigueur de la science pour bâtir l’avenir. Docteur de l’Université de Toulouse, Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques du CAMES, cette « dame de défis » brise les codes d’un milieu académique longtemps resté masculin. Pour ce 08 mars 2026, elle sort de sa réserve habituelle pour nous livrer sa vision d’une Guinée forte de sa terre et de ses femmes.
Educationactu.com : Qu’est-ce qui a poussé la jeune étudiante de l’Université Gamal Abdel NASSER à se spécialiser dans les Études Rurales et la Géographie Environnement ?
Pre Mabetty TOURE : Ma vocation est née de l’observation directe des réalités rurales guinéennes. Ayant grandi en Guinée, j’ai très tôt compris que le développement du pays passe par la transformation durable de ses espaces ruraux. Mon passage à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry a renforcé cette conviction. Cette spécialisation s’est imposée naturellement pour comprendre les interactions entre sociétés rurales et ressources naturelles, et proposer des solutions adaptées à nos réalités.
Educationactu.com : Quel regard portez-vous sur l’évolution de la recherche agronomique en Guinée depuis votre retour de France ?
Pre Mabetty TOURE : J’observe une évolution encourageante ; la recherche gagne en structuration et en visibilité internationale. Cependant, des défis persistent comme le financement insuffisant et le besoin de partenariats solides. L’enjeu n’est plus seulement de produire de la recherche, mais qu’elle soit utile et orientée vers l’impact sur les communautés rurales.
Educationactu.com : Vous êtes Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques du CAMES. Que représente cette distinction pour vous ?
Pre Mabetty TOURE : C’est une reconnaissance du travail collectif. Pour une femme scientifique guinéenne en 2026, cela signifie que l’excellence académique n’a pas de genre. Cela rappelle que la rigueur et l’engagement finissent toujours par être reconnus.
Educationactu.com : Comment impose-t-on sa marque à la tête de l’ISAV de Faranah ?
Pre Mabetty TOURE : Diriger l’ISAV exige méthode, sérénité et vision stratégique. Imposer sa marque, c’est instaurer des règles claires, des objectifs mesurables et une culture de responsabilité. La stabilité décisionnelle inspire confiance et crédibilité.
Educationactu.com : Votre franchise est-elle votre meilleure arme pour faire avancer les réformes ?
Pre Mabetty TOURE : Dans un environnement parfois rigide, la clarté est un levier d’efficacité. La franchise permet d’accélérer les processus de réforme. Mais elle doit toujours s’accompagner d’écoute, car la réforme durable se construit par l’adhésion, non par la contrainte.
Educationactu.com : Quel est l’obstacle majeur qui freine encore les femmes dans l’accès aux hautes responsabilités académiques ?
Pre Mabetty TOURE : L’obstacle reste structurel : charge sociale disproportionnée, accès limité aux réseaux décisionnels et parfois autocensure. Il faut renforcer le mentorat et la visibilité des modèles féminins. La compétence existe ; il faut lever les barrières invisibles.
Educationactu.com : Pourquoi est-il crucial d’intégrer la perspective féminine dans la gestion des ressources naturelles ?
Pre Mabetty TOURE : Les femmes jouent un rôle central dans l’agriculture. Ignorer leur perspective conduit à des politiques incomplètes. L’intégrer améliore la durabilité des projets et l’appropriation communautaire.
Educationactu.com : Quel message adressez-vous à la jeune fille qui hésite à s’engager dans ces filières ?
Pre Mabetty TOURE : Je lui dirais : n’aie pas peur des filières techniques. L’agronomie ou l’ingénierie ne sont pas des domaines masculins, mais des domaines d’intelligence et de passion. Le pays a besoin de compétences féminines dans ces secteurs stratégiques.
Educationactu.com : Comment le théâtre, la poésie ou le sport nourrissent-ils votre vision de gestionnaire ?
Pre Mabetty TOURE : Le théâtre développe l’expression, la poésie affine la profondeur de pensée et le sport forge la résilience. Ces disciplines renforcent l’équilibre personnel et la capacité à diriger avec humanité.
Educationactu.com : Pour ce 08 mars, pourquoi avez-vous accepté de partager votre parcours ?
Pre Mabetty TOURE : Le 8 mars n’est pas une célébration symbolique, c’est un moment d’engagement. Si mon parcours peut inspirer, alors il doit être partagé. La visibilité des femmes leaders ouvre des perspectives aux générations futures.
Au terme de cet échange, une certitude s’impose : la Pre Mabetty TOURE ne se contente pas de diriger un institut, elle cultive l’avenir. Entre sa rigueur de chercheuse et sa sensibilité de poétesse, elle prouve que l’excellence n’a pas de genre, mais qu’elle a un caractère : celui de la persévérance. En ce 08 mars 2026, son parcours rappelle à chaque jeune Guinéenne que le plafond de verre n’est qu’une illusion pour celle qui s’arme de savoir et de probité. Si Faranah est aujourd’hui le cœur de l’agronomie nationale, c’est aussi parce qu’une femme d’exception veille sur ses sillons, avec la force tranquille de ceux qui savent que l’éducation est la seule semence qui ne meurt jamais.
Entretien réalisé par : SOW Telico, pour Educationactu.com
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