« Comment peut-on ne pas pouvoir retirer son propre argent ? » Cette question, qui hante désormais le quotidien des Guinéens, cache une réalité économique complexe. Entre inquiétude et quête de solutions, nous avons rencontré Mamadou Pathé DIENG. Fort de son expérience à la SunTrust Bank de Washington et de son expertise de consultant, cet observateur averti déconstruit pour nous les mécanismes de cette pénurie de liquidités et propose des pistes pour sortir de l’impasse.
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Les citoyens sont à bout. Ils déposent leur argent, puis on leur dit qu’ils ne peuvent pas le retirer. Pour beaucoup, c’est incompréhensible et inacceptable. Comment peut-on en arriver là ?
Mamadou Pathe DIENG
La colère des citoyens est parfaitement légitime. Lorsqu’un client dépose son argent à la banque, il pense naturellement que cet argent est là, disponible, prêt à être retiré à tout moment. Dans l’esprit du public, la banque est souvent perçue comme un coffre-fort.
Or, une banque ne fonctionne pas comme un simple entrepôt de billets. Son rôle est de transformer les dépôts en financement de l’économie. Une partie de l’argent déposé sert à financer des crédits, des investissements, des besoins d’entreprises ou de ménages. La banque conserve seulement une fraction de ses ressources sous forme de liquidités immédiates pour faire face aux retraits du quotidien.
Prenons un exemple simple. Si cent personnes déposent chacune 10 millions de francs guinéens, cela fait un milliard. La banque ne garde pas forcément ce milliard intégralement en billets. Une partie peut servir à financer un commerçant, une PME, un crédit immobilier ou un besoin de trésorerie. Si, soudainement, tout le monde revient le même jour pour retirer en espèces, les billets disponibles peuvent ne pas suffire.
C’est cela qu’on appelle une tension de liquidité. L’argent n’a pas forcément disparu, mais il n’est pas disponible immédiatement sous forme physique. C’est un phénomène connu dans tous les systèmes bancaires du monde.
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Dans la rue, beaucoup disent : « S’il n’y a pas d’argent dans les banques, alors il n’y a plus d’argent dans le pays. » La Guinée manque-t-elle réellement d’argent ?
Mamadou Pathe DIENG
Pas forcément. Et c’est là qu’il faut éviter les conclusions trop rapides.
La Guinée n’est pas un pays sans ressources. Au contraire, elle dispose d’un potentiel économique considérable : ressources minières stratégiques, investissements lourds, croissance soutenue, grands projets structurants. Plusieurs projections économiques ont d’ailleurs évoqué des rythmes de croissance élevés, notamment en lien avec les projets miniers.
Le problème posé aujourd’hui n’est donc pas simplement : « y a-t-il de l’argent dans le pays ? » Le vrai sujet est plutôt : où se trouve cet argent, comment circule-t-il, et pourquoi revient-il mal vers le système bancaire ?
Je compare souvent cela à un réseau routier. Vous pouvez avoir beaucoup de véhicules dans un pays. Mais si les routes sont mal connectées, mal gérées ou saturées, la circulation devient chaotique. Avec l’argent, c’est pareil. Une économie peut avoir des flux importants et, malgré cela, connaître une crise de circulation monétaire.
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Beaucoup de Guinéens accusent directement l’État. Pour eux, si on en est là, c’est qu’il y a eu échec, négligence ou mauvaise gestion. Cette accusation est-elle fondée ?
Mamadou Pathe DIENG
Il est normal que, face à la difficulté, le réflexe immédiat soit de chercher un responsable politique. L’État et la Banque centrale ont évidemment une responsabilité majeure. Ils doivent garantir la stabilité monétaire, surveiller les banques, organiser la circulation du cash et intervenir lorsque le marché est sous tension.
Mais dire que l’État est seul responsable serait intellectuellement insuffisant.
La crise actuelle est le produit de plusieurs réalités qui se superposent :
- une économie encore très dépendante du cash ;
- un faible taux de bancarisation ;
- un poids considérable de l’économie informelle ;
- une digitalisation encore insuffisante des paiements.
Quand une très grande partie des échanges économiques se fait hors des circuits bancaires, une partie importante de la monnaie ne retourne jamais correctement vers les banques. Cela complique énormément la gestion de la liquidité.
L’État a donc une part de responsabilité, oui, notamment dans l’anticipation, la supervision, la communication et la modernisation du système. Mais la crise actuelle n’est pas uniquement administrative ou politique. Elle est aussi structurelle.
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Quand on entend tout cela, beaucoup se disent simplement : « Notre système financier est faible. » Faut-il reconnaître franchement que le système guinéen est fragile ?
Mamadou Pathe DIENG
Je dirais qu’il est encore en construction ou en évolution.
La fragilité ne veut pas dire effondrement. Elle signifie qu’il existe encore des insuffisances dans la profondeur du système, dans son maillage, dans son degré d’inclusion et dans sa modernisation.
Si l’on estime que seulement une minorité de la population utilise régulièrement les services bancaires, cela signifie que la grande majorité des transactions continue de se faire hors du système bancaire classique. Dans ces conditions, les banques disposent de moins de visibilité sur les flux réels de monnaie, récupèrent mal l’épargne diffuse et gèrent dans un environnement moins prévisible.
Autrement dit, le système existe, mais il n’absorbe pas encore suffisamment l’ensemble de l’activité économique nationale.
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Les populations ont le sentiment que le pays est resté bloqué dans le tout-cash. Cette dépendance aux billets n’est-elle pas, au fond, l’une des vraies causes du problème ?
Mamadou Pathe DIENG
Oui, très clairement.
Dans une économie où presque tout se paie en espèces — transport, restauration, commerce de détail, petits services, loyers, achats courants — la demande de billets devient structurellement très forte.
Le cash joue alors un rôle disproportionné. Dès qu’il y a un ralentissement dans la distribution des billets ou une hausse de la demande de retrait, la tension devient visible partout : aux guichets, dans les commerces, dans les marchés.
Dans les économies plus modernisées, une part importante des paiements se fait par carte, virement, mobile money, QR code ou portefeuille électronique. Cela réduit fortement la pression sur les billets physiques.
Prenons un exemple concret : au Kenya, le développement du mobile money a transformé la vie économique. Un citoyen peut payer son transport, envoyer de l’argent à sa famille, acheter dans une boutique ou régler une facture sans toucher un seul billet. Cela change totalement la relation entre l’économie et le cash.
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Les citoyens entendent parler de croissance, de mines, de milliards d’investissements. Mais dans leur quotidien, ils n’arrivent même pas à retirer leur argent. Comment justifier un tel décalage ?
Mamadou Pathe DIENG
Parce qu’il ne faut jamais confondre croissance économique et fluidité financière.
Une économie peut croître fortement grâce aux mines, aux infrastructures et aux investissements, tout en conservant un système monétaire et bancaire encore peu modernisé. La richesse peut être créée, mais mal redistribuée dans ses circuits monétaires. Les flux peuvent être puissants au sommet et insuffisamment fluides à la base.
Autrement dit, la croissance peut être réelle sur le plan macroéconomique, mais ne pas encore se traduire par une circulation monétaire efficace dans la vie quotidienne.
C’est une distinction essentielle. Une économie peut paraître solide dans les indicateurs et rester fragile dans son fonctionnement concret.
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Certains disent aussi que les grands projets miniers pompent tout et déséquilibrent le reste de l’économie. Est-ce exagéré ou y a-t-il une part de vérité ?
Mamadou Pathe DIENG
Oui, dans une certaine mesure, mais il faut être nuancé.
Les grands projets miniers mobilisent des masses financières énormes : investissements, achats, logistique, salaires, services, sous-traitance. Dans un système financier encore peu profond, cela peut concentrer une partie des flux dans certains circuits spécifiques.
Mais il ne faut pas faire des mines le bouc émissaire de la crise. Elles peuvent accentuer des déséquilibres préexistants, elles ne les créent pas à elles seules.
Le vrai problème reste l’architecture globale du système financier : sa capacité à collecter, redistribuer, tracer et fluidifier la monnaie dans toute l’économie.
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Les gens commencent à perdre confiance. Certains retirent dès qu’ils peuvent, d’autres gardent tout chez eux. Cette peur populaire peut-elle elle-même empirer la crise ?
Mamadou Pathe DIENG
Oui, absolument. Et c’est un point fondamental.
Le système bancaire repose largement sur la confiance. Si les citoyens pensent qu’ils ne pourront plus retirer leur argent demain, ils se précipitent aujourd’hui. Et cette ruée vers les guichets produit précisément la pénurie qu’ils redoutent.
C’est ce que l’on appelle un mécanisme auto-aggravant : la peur alimente la tension, et la tension alimente la peur.
C’est la raison pour laquelle la communication publique n’est pas secondaire. Elle est au contraire un instrument central de stabilisation.
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On entend partout : « C’est seulement en Guinée qu’on voit ça. » Est-ce vrai ou est-ce encore une manière de dramatiser sans recul ?
Mamadou Pathe DIENG
Pas du tout. Et il faut le dire clairement pour éviter l’autoflagellation.
Plusieurs pays ont connu des crises comparables.
En Inde, en 2016, la démonétisation brutale de certaines grandes coupures a provoqué une pénurie temporaire de billets. Les files d’attente devant les banques ont été immenses. Mais cet épisode a aussi accéléré la digitalisation des paiements et élargi l’usage des portefeuilles électroniques.
Au Nigeria, en 2023, le changement de certaines coupures a créé une crise sévère d’accès au cash. Les populations ont fortement protesté. Mais cette crise a aussi poussé le pays à renforcer l’usage du paiement électronique et du mobile money.
Même dans les économies développées, la question de la liquidité peut devenir critique. Pendant la crise financière de 2008, plusieurs banques occidentales ont été confrontées à des retraits massifs, obligeant les banques centrales à intervenir fortement pour restaurer la confiance.
La leçon de ces exemples est simple : une crise de liquidité n’est pas une anomalie exclusivement guinéenne. Ce qui compte, c’est la qualité de la réponse.
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Les populations ne veulent plus seulement des explications. Elles veulent savoir ce qu’il faut faire, maintenant, tout de suite. Quelle doit être la réponse immédiate ?
Mamadou Pathe DIENG
Il faut d’abord sortir de la logique improvisée. Une crise de liquidité ne se gère pas seulement avec quelques annonces dispersées. Elle exige une stratégie nationale de sortie de crise.
Cette stratégie devrait, à mon sens, reposer sur cinq piliers immédiats.
Premier pilier : rétablir rapidement la liquidité visible
Il faut renforcer l’approvisionnement des banques en billets, améliorer la répartition géographique des liquidités et identifier les zones les plus tendues pour y intervenir en priorité. La Banque centrale doit jouer pleinement son rôle de banque des banques et fluidifier le circuit monétaire.
Deuxième pilier : publier un plan de sortie de crise clair
Les citoyens ont besoin de savoir :
ce qui se passe,
ce qui est fait,
qui agit,
dans quel délai,
avec quel objectif.
Une crise mal expliquée devient toujours plus grave qu’elle ne l’est réellement.
Troisième pilier : communiquer et sensibiliser largement les populations
Il faut une campagne nationale de pédagogie économique. Radios, télévisions, presse, réseaux sociaux, mosquées, marchés, organisations professionnelles, syndicats, chambres de commerce : tous les canaux doivent être mobilisés pour expliquer simplement :
pourquoi la tension existe,
pourquoi la panique aggrave la situation,
quelles sont les solutions en cours,
et comment chacun peut contribuer à stabiliser le système.
Quatrième pilier : assouplir intelligemment la gestion des retraits
Lorsque les restrictions sont trop opaques ou trop rigides, elles aggravent la peur. Il faut donc une gestion plus lisible, plus transparente, plus cohérente.
Cinquième pilier : lancer tout de suite une transition vers les paiements alternatifs
Même en période de crise, on peut avancer. Il faut encourager immédiatement les paiements électroniques dans les entreprises, dans certaines administrations, dans les salaires, dans les transferts et dans les services du quotidien.
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Très concrètement, que faut-il faire immédiatement pour que les citoyens puissent de nouveau retirer leur argent normalement aux guichets ?
Mamadou Pathe DIENG
C’est une très bonne question, parce qu’au-delà des analyses, les citoyens attendent surtout des solutions concrètes.
La première chose que peut faire la Banque Centrale de la République de Guinée est de jouer pleinement son rôle de banque des banques. Cela signifie fournir davantage de liquidités aux banques commerciales afin qu’elles puissent alimenter leurs guichets et leurs distributeurs.
Concrètement, cela peut passer par plusieurs actions rapides.
D’abord, augmenter le refinancement des banques. Les banques commerciales peuvent obtenir davantage de liquidités auprès de la Banque centrale en échange de garanties financières. C’est un mécanisme classique utilisé dans toutes les économies lorsque le système bancaire subit une tension de liquidité.
Ensuite, améliorer la distribution physique des billets. Parfois, les liquidités existent dans le système mais sont mal réparties entre les régions ou entre les banques. Accélérer les rotations de transport de fonds et alimenter plus fréquemment les distributeurs peut déjà améliorer la situation.
La Banque centrale peut également assouplir temporairement certaines règles de liquidité pour permettre aux banques de disposer de davantage de cash à court terme.
Mais il faut le dire clairement : injecter des billets est nécessaire pour calmer la tension immédiate, mais cela ne suffit pas à résoudre les causes profondes. La vraie solution reste la modernisation progressive du système financier et la réduction de la dépendance excessive au cash.
En d’autres termes, il faut gérer l’urgence aujourd’hui, tout en préparant l’avenir pour que ce type de crise ne se reproduise plus.
Toutefois, en cas extrême — ce que je ne souhaite évidemment pas —, la banque centrale pourrait envisager une émission monétaire exceptionnelle et temporaire afin de réinjecter rapidement des billets dans le système bancaire et rétablir l’accès au cash pour les citoyens. L’objectif serait simplement de remettre de la monnaie en circulation pour soulager immédiatement les guichets et les distributeurs.
Toutefois, cette mesure doit être utilisée avec beaucoup de prudence, car créer trop de monnaie peut entraîner de l’inflation ou affaiblir la valeur de la monnaie. Elle devrait donc rester limitée, strictement encadrée et accompagnée d’autres mesures de stabilisation, afin de répondre à l’urgence sans provoquer de nouveaux déséquilibres économiques.
Encore faut-il aussi veiller à ce que cette liquidité supplémentaire circule réellement dans l’économie formelle et ne se retrouve pas rapidement bloquée dans les circuits informels ou immobilisée dans certaines grandes trésoreries, notamment celles des mégaprojets. L’enjeu n’est pas seulement de créer de la monnaie, mais surtout de s’assurer qu’elle circule efficacement là où les citoyens et les entreprises en ont réellement besoin.
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Beaucoup de citoyens disent aussi : « Si on nous parlait franchement, on paniquerait moins. » Pourquoi insistez-vous autant sur la communication et la sensibilisation ?
Mamadou Pathe DIENG
Parce qu’en matière financière, le silence coûte cher.
Quand l’État ou les banques communiquent mal, les rumeurs remplissent le vide. Et dans une crise monétaire, la rumeur est parfois plus dangereuse que le manque de billets lui-même.
Il faut donc expliquer aux populations, avec des mots simples, que :
- une banque ne conserve pas tous les dépôts en cash ;
- une tension de liquidité ne signifie pas forcément faillite ;
- les retraits massifs aggravent la situation ;
- des solutions existent et doivent être connues.
Je suis convaincu que les citoyens acceptent plus facilement un effort temporaire lorsqu’ils comprennent ce qui se passe et lorsqu’ils sentent qu’il existe un cap clair.
La pédagogie est ici une arme économique.
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Et après l’urgence, comment éviter que le pays revienne encore au même problème dans quelques mois ou quelques années ?
Mamadou Pathe DIENG
Il faut transformer la crise en réforme.
À moyen terme, la Guinée doit engager une modernisation profonde de son système financier autour de quelques priorités majeures :
- d’abord, élargir la bancarisation ;
- ensuite, développer massivement le mobile money et les paiements électroniques ;
- puis, équiper les commerces, services et administrations en moyens de paiement modernes ;
- enfin, faire passer progressivement les paiements publics par des circuits bancaires ou électroniques.
Quand les salaires, les bourses, les aides publiques, les marchés publics et les grands paiements passent par des circuits traçables, le système gagne en stabilité.
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Si vous deviez parler directement aux dirigeants, que leur diriez-vous avec franchise ?
Mamadou Pathe DIENG
Je leur dirais de profiter de cette crise pour réformer. Les pays qui sortent les plus forts d’une crise sont ceux qui s’en servent pour corriger des faiblesses anciennes.
Je vois déjà des signes encourageants. Dans plusieurs entreprises, y compris certaines des miennes, la migration vers des paiements électroniques pour les salaires et les dépenses a été accélérée. Cela prouve qu’une transition est possible, même rapidement, si la volonté existe.
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Au fond, cette crise est-elle seulement une épreuve de plus, ou peut-elle devenir un vrai tournant pour la Guinée ? Et quel message adressez-vous aujourd’hui aux citoyens ?
Mamadou Pathe DIENG
Oui, et c’est même la conclusion la plus importante.
Une crise de liquidité est pénible. Elle ralentit l’économie, abîme la confiance, fatigue les ménages et complique la vie des entreprises. Mais elle peut aussi devenir un révélateur utile.
Elle nous dit que la Guinée doit aller vers :
- moins de dépendance au cash,
- plus de paiements électroniques,
- plus de traçabilité,
- plus de formalisation,
- plus de transparence,
- plus de sécurité.
Moins de cash, c’est aussi moins de fraude, moins de corruption, moins de circulation opaque de l’argent et plus de contrôle économique.
En ce sens, la crise peut devenir une opportunité historique de modernisation.
Aux citoyens, j’adresse un message de lucidité, de calme et de confiance envers les dirigeants qui sont aussi affectés qu’eux. Oui, la situation est sérieuse. Oui, la colère est légitime. Mais non, le désordre actuel ne doit pas conduire à la panique.
La Guinée va surmonter cette épreuve. Elle a les ressources humaines, matérielles et financières nécessaires pour y arriver. Il faut juste de la patience et la foi, comme toujours.
Dans l’histoire économique, beaucoup de pays se sont transformés précisément dans les moments de tension. La question n’est donc pas seulement : comment sortir de la crise ?
La vraie question est : comment utiliser cette crise pour bâtir enfin une économie guinéenne plus moderne, plus fluide, plus transparente et plus robuste ?
Interview réalisée par : SOW Telico, pour Educationactu.com
Tel : 00224 628 43 79 52
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