Appelé à témoigner ce lundi 15 juin 2026 devant le Tribunal de première instance de Dixinn, le général Aguibou Tall, commandant de la gendarmerie régionale de Conakry, a obtenu une audition à huis clos. Malgré la vive opposition des avocats de la défense qui réclamaient la publicité des débats, le président du tribunal a ordonné l’évacuation de la salle, s’appuyant sur les dispositions du Code de procédure pénale pour recueillir la déposition de ce haut gradé.
Une comparution stratégique sous haute tension judiciaire
Le procès historique des événements du 28 septembre 2009, délocalisé dans l’enceinte de la Cour d’appel de Conakry, a franchi une nouvelle étape avec la comparution du général Aguibou Tall. Vêtu de son treillis et arborant ses attributs de général, l’actuel patron de la gendarmerie régionale de Conakry s’est présenté à la barre à la demande expresse des conseils du colonel Bienvenu Lamah.
L’enjeu de cette audition repose sur des éclaircissements attendus concernant plusieurs pièces et documents officiels versés au dossier de l’accusé.
Le débat juridique : Secret institutionnel contre transparence des débats
Dès son arrivée à la barre, le général Aguibou Tall a sollicité l’application du huis clos, une requête qui a immédiatement cristallisé les tensions entre les différentes parties au procès.
Les arguments du général Tall : la réserve institutionnelle
Pour justifier sa demande de confidentialité, l’officier supérieur a mis en avant son statut d’officier de police judiciaire en activité et la nature de sa convocation :
La représentation de l’institution : Le général a affirmé ne pas comparaître à titre personnel, mais sous le couvert de sa hiérarchie pour le compte de la gendarmerie nationale.
Le respect du rang : Une posture liée à ses fonctions de commandement dans la zone de Conakry.
La réplique de la défense : l’exigence de responsabilité personnelle
Si le ministère public et la partie civile ne se sont pas opposés à la requête, les avocats du colonel Bienvenu Lamah ont vigoureusement contesté cette mesure d’exception. Pour la défense, la transparence devait primer :
« Il n’est pas venu au nom du commandement de la Gendarmerie nationale […], mais en son nom personnel. La décision ordonne la comparution du général Tall. […] Il ne s’agit ni d’une question de grade ni de fonction. Qu’il soit général ou maréchal, ce n’est pas le problème. »
L’application stricte du Code de procédure pénale
Tranchant le débat, le président du tribunal a validé la demande de huis clos. Cette décision s’appuie rigoureusement sur le cadre légal guinéen, notamment :
L’article 397 du Code de procédure pénale ;
La loi L/2022/013 du 23 septembre 2022.
À la suite de cette ordonnance, le ministère public a fait évacuer la salle d’audience. Le témoignage du général Aguibou Tall, considéré comme une pièce maîtresse pour la suite de l’instruction des événements de 2009, s’est donc poursuivi hors de la présence du public et des médias.
SOW Telico