Le tribunal de première instance de Mafanco s’est penché, la semaine dernière, sur une affaire aussi spectaculaire qu’inquiétante de trafic international de cocaïne. Au cœur du dossier: Eze Manfrod John, un ressortissant nigérian de 52 ans, accusé d’avoir ingéré pas moins de 68 boulettes de drogue pour les acheminer de Conakry vers la France.
À la barre, l’homme n’a pas cherché à nier. D’une voix posée, il a reconnu les faits sans détour, livrant un récit marqué par la précarité, la maladie et une descente progressive dans l’illégalité. Détenu depuis le 12 mai 2025, il encourt aujourd’hui une lourde peine : le ministère public a requis 15 ans de réclusion criminelle, assortis d’une amende de plus de 204 millions de francs guinéens.
Selon ses déclarations, tout aurait commencé par une situation personnelle devenue insoutenable. Installé entre l’Espagne et la France, où il survivait grâce à de petits emplois, Eze Manfrod John affirme avoir été rattrapé par une grave maladie, perdant au passage ses moyens de subsistance. C’est dans ce contexte qu’il aurait sollicité l’aide d’un ami, lequel lui aurait proposé un voyage en Guinée, sans en dévoiler les véritables enjeux.
Arrivé à Conakry, logé plusieurs jours dans un hôtel à Kipé, il dit avoir découvert la réalité du piège. Une femme, présentée comme l’épouse de son ami, lui aurait remis des paquets de cocaïne en lui ordonnant de les avaler avant de prendre un vol pour la France. « Il m’a dit que les gens le font chaque jour… Ce n’est pas mieux pour toi que tu meures ? », a-t-il raconté à la barre, évoquant la pression psychologique subie. En larmes, il affirme avoir cédé.
Mais l’opération tourne court. À l’aéroport, la vigilance des agents des douanes permet son interpellation. Conduit d’urgence à l’hôpital Ignace Deen, il expulse les 68 boulettes de cocaïne qu’il transportait dans son organisme. Pour le parquet, les faits sont clairs et caractérisent pleinement un trafic international de drogue à haut risque.Dans son réquisitoire, le procureur a insisté sur la gravité des faits et sur la dimension transnationale de l’opération, demandant au tribunal de « le retenir dans les liens de la prévention » et de prononcer une peine exemplaire.
Face à cette fermeté, la défense a plaidé la clémence. L’avocat de l’accusé a mis en avant la coopération totale de son client, resté constant dans ses déclarations depuis son arrestation. Il a également insisté sur sa situation personnelle: père de deux enfants mineurs, malade, sans ressources, et manipulé par des tiers. « Il regrette profondément son acte», a-t-il affirmé, sollicitant l’application de circonstances atténuantes et une peine couvrant le temps déjà passé en détention.Dans un dernier mot sobre, Eze Manfrod John s’est contenté de dire : « Je demande pardon. »
Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 24 avril 2026. En attendant le verdict, l’accusé a été reconduit à la maison centrale de Conakry, où il demeure incarcéré depuis près d’un an.
Cette affaire relance, une fois de plus, la question du rôle de la Guinée dans les circuits du trafic international de stupéfiants, ainsi que celle de la vulnérabilité de certaines personnes face aux réseaux criminels organisés.
Aliou Barry pour conakryweb.com
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