Le Niger franchit un nouveau cap dans le contrôle de l’information. Dans une décision aux lourdes conséquences pour le paysage médiatique sahélien, l’Observatoire national de la communication (ONC) a annoncé, ce samedi 9 mai, la suspension immédiate et jusqu’à nouvel ordre de neuf médias internationaux opérant sur le territoire nigérien.
Le communiqué officiel, lu sur les antennes de la télévision publique Télé-Sahel par le président de l’institution, Ibrahim Manzo Diallo, vise plusieurs médias influents de la scène internationale. Sont concernés : France 24, RFI, TV5 Monde, Agence France-Presse, Jeune Afrique, TF1 Info, Mediapart, France Afrique Media et LSI Africa.
Selon les autorités nigériennes, cette interdiction est totale et couvre tous les moyens de diffusion disponibles dans le pays : bouquets satellitaires, réseaux câblés, plateformes numériques, sites internet, applications mobiles ainsi que les réseaux sociaux.
Pour justifier cette mesure radicale, l’ONC invoque des impératifs liés à la sécurité nationale. Dans son communiqué, l’institution estime que certains contenus diffusés par ces médias seraient « susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de la République ».
Cette décision intervient dans un contexte régional particulièrement tendu, marqué par la montée des discours souverainistes au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Niger, du Mali et du Burkina Faso. Depuis plusieurs mois, ces pays multiplient les restrictions contre certains médias étrangers, accusés d’ingérence ou de désinformation.
La suspension de ces organes de presse soulève déjà de nombreuses inquiétudes au sein des défenseurs de la liberté de la presse et des organisations internationales de protection des journalistes. Plusieurs observateurs redoutent un rétrécissement accru de l’espace médiatique dans la région sahélienne, déjà fragilisée par les crises sécuritaires et politiques.
Avec cette décision spectaculaire, les autorités nigériennes affichent clairement leur volonté de contrôler davantage le récit médiatique national dans un contexte où l’information est devenue un enjeu stratégique majeur au Sahel.