Le bras de fer judiciaire opposant le gérant de chicha lounge Mamadou Aliou Barry à l’ancien ministre de l’Environnement, Elhadj Ibrahima Boiro, entre dans sa dernière ligne droite. Mercredi 10 juin 2026, le Tribunal de première instance (TPI) de Dixinn a clos les débats après avoir entendu les plaidoiries des avocats et les réquisitions du parquet, qui a requis six mois de prison avec sursis contre le prévenu.
Ouverte depuis le 4 mars 2026, cette affaire cristallise le débat sur la cohabitation entre établissements de loisirs et zones résidentielles dans la capitale guinéenne. Le prévenu, Mamadou Aliou Barry, est poursuivi pour des faits présumés de nuisances sonores et de vibrations sur la base des articles 134 et 202 du Code pénal, suite à une plainte de son voisin de palier à Nongo.
La partie civile dénonce un enfer sonore et réclame la fermeture
À la barre, l’avocat de l’ancien ministre a dépeint une situation quotidienne devenue « insupportable » pour son client. Selon lui, le lounge bar fonctionne au mépris des règles élémentaires : sans agrément officiel et sans aucune étude d’impact environnemental préalable.
S’appuyant sur le Code de l’environnement, le conseil a rappelé la réglementation stricte des seuils de décibels autorisés en zone habitée :
- De 06h à 13h : 50 dB
- De 13h à 15h : 45 dB
- De 15h à 22h : 50 dB
- La nuit : 45 dB
« Les installations de ce chicha lounge dépassent largement les 70 décibels. C’est une violation flagrante des règles », a fustigé l’avocat, précisant qu’Ibrahima Boiro avait d’abord privilégié une démarche paternelle et amiable avant de saisir la justice.
La partie civile réclame l’arrêt définitif des activités de l’établissement et le paiement de 150 millions de francs guinéens à titre de dommages et intérêts.
Le parquet suit la plainte et requiert de lourdes sanctions
Dans ses réquisitions, le ministère public a abondé dans le sens de l’accusation, estimant l’infraction pleinement caractérisée. Le procureur a insisté sur les impacts sanitaires, physiologiques et psychologiques du tapage nocturne sur les riverains, en particulier les plus vulnérables. Pointant du doigt le manque de volonté du gérant de corriger le tir après les premières alertes, le parquet a requis :
- 6 mois d’emprisonnement assortis de sursis,
- Une amende de 5 millions de francs guinéens,
- La fermeture définitive de l’établissement et la confiscation de tout le matériel sonore.
La défense crie à « l’acharnement » et défend l’investissement local
Pour les avocats de la défense, ce dossier s’apparente à un « acharnement » infondé visant un jeune investisseur revenu de l’étranger pour entreprendre. Le conseil de Mamadou Aliou Barry a contesté l’absence d’agrément et a mis en doute l’objectivité de la mission d’inspection du ministère de l’Environnement, rappelant subtilement que ce service avait été structuré à l’époque où le plaignant dirigeait ce département.
Invitée à livrer son dernier mot, le prévenu a assuré n’avoir jamais agi avec l’intention de nuire :
« Mon établissement fait vivre cinq employés, tous âgés de plus de 20 ans », a plaidé Mamadou Aliou Barry, tout en sollicitant du tribunal une descente sur les lieux pour constater la réalité du terrain avant de trancher.
Le président du tribunal a mis l’affaire en délibéré. Le verdict très attendu du TPI de Dixinn sera rendu le 1er juillet prochain.
SOW Telico