Après près de dix mois de débats sous haute tension, le tribunal criminel de Dixinn a prononcé ce lundi l’acquittement général du colonel Bienvenu Lamah. Poursuivi pour sa responsabilité présumée dans la formation des recrues du camp de Kaleah au cœur des massacres du 28 septembre 2009, l’officier de gendarmerie ressort libre d’une détention provisoire de près de quatre ans.
La fin d’un marathon judiciaire pour un officier clé
C’est un soulagement majeur pour la défense du colonel Bienvenu Lamah, mais une décision qui résonne avec force dans le paysage judiciaire guinéen. Détenu depuis le 21 novembre 2022 à la maison centrale de Conakry, cet officier supérieur de la gendarmerie nationale voit l’ensemble des charges pesant contre lui balayées par le tribunal criminel délocalisé de Dixinn.
Le magistrat à la barre a estimé que les preuves rassemblées au cours de la procédure ne suffisaient pas à établir sa culpabilité dans les exactions commises il y a quinze ans. Cette décision met un terme immédiat à sa privation de liberté.
Le camp de Kaleah, nœud gordien du second volet du procès
Le dossier adressé au colonel Lamah touchait au cœur de la logistique répressive du 28 septembre 2009. L’accusation le désignait comme un maillon central dans la gestion du camp militaire de Kaleah, situé à Forécariah, où des centaines de jeunes recrues auraient été instruites de manière informelle avant d’être déployées au stade de Conakry.
Les chefs d’accusation dont il répondait étaient particulièrement lourds :
Complicité de crimes contre l’humanité ;
Meurtres, assassinats, viols, enlèvements et séquestrations ;
Abus d’autorité et omission de porter secours.
Tout au long des audiences, les débats ont porté sur le degré d’autorité réel qu’exerçait l’officier sur ces recrues et sa connaissance préalable des exactions planifiées. La juridiction a tranché en faveur de l’insuffisance de preuves directes.
Un signal fort pour la clôture des procédures liées à 2009
Cet acquittement clôt une étape déterminante du second volet de ce procès historique, entamé pour rendre justice aux plus de 150 victimes tuées et dizaines de femmes violées lors de la répression de l’opposition par la junte du CADD.
Si ce jugement apporte une réponse pénale définitive sur le cas individuel du colonel Lamah, il réaffirme également le principe de personnalisation des peines dans un dossier d’une complexité inédite pour la justice guinéenne.
SOW Telico