Un nouveau scandale financier d’une ampleur inédite secoue l’administration publique. Le Procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) vient d’ordonner l’ouverture d’une enquête préliminaire visant la gestion de plus de 67 millions de dollars US et 22,1 millions d’euros. Destinés à l’accès à l’eau potable en milieu rural et à l’assistance d’urgence aux victimes des inondations de 2024, ces fonds publics et internationaux auraient fait l’objet de graves malversations. Au centre de cette tempête judiciaire : le SNAPE et l’ANGUCH.
Une offensive judiciaire d’envergure
Saisi par voie de dénonciation, le parquet spécial de la CRIEF a immédiatement engagé l’action publique. Un réquisitoire aux qualifications lourdes détournement de deniers publics, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux, corruption d’agents publics, faux et usage de faux en écritures publiques et privées, et complicité a été transmis aux principaux bras armés de la justice pénale guinéenne :
L’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF) ;
La Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ) ;
Le Secrétariat à la Présidence chargé des services spéciaux.
Les deux volets majeurs de l’investigation
Les enquêtes s’articulent autour de deux grands axes financiers et institutionnels :
1. Le volet hydraulique rurale (SNAPE)
Les enquêteurs épluchent la gestion financière du Service national d’aménagement des points d’eau (SNAPE) portant sur deux enveloppes colossales :
22 105 990 euros dédiés à l’amélioration des services d’eau potable dans les quatre régions naturelles du pays ;
45 000 000 dollars US alloués au Projet d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement en milieu rural.
Le volet secours d’urgence et humanitaire (ANGUCH & Partenaires de l’ONU)
Ce pan du dossier vise la gestion des 2,5 millions de dollars US débloqués par le Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) des Nations Unies, à la suite des inondations dévastatrices de décembre 2024 dans les régions de Kankan et N’Zérékoré. Ces fonds d’urgence étaient répartis entre trois agences d’exécution :
PAM (1,32 million $) : pour la sécurité alimentaire et l’aide d’urgence ;
UNICEF (700 000 $) : pour l’assainissement et la prise en charge des enfants ;
OMS (474 791 $) : pour le renforcement des structures sanitaires de terrain et la prise en charge médicale d’urgence des populations vulnérables, notamment les femmes enceintes et les enfants.
Une enquête sous haute surveillance
Face à l’impact social dévastateur de ces présumés détournements qui devaient initialement porter secours à des dizaines de milliers de citoyens sinistrés , le parquet de la CRIEF a placé la procédure sous un contrôle rigoureux.
Les investigations sur le terrain seront directement coordonnées par trois substituts du Procureur spécial : Ousmane Sano, Biwon Millimono et Pierre Segbé Kamano. Les premières auditions des responsables du SNAPE, de l’ANGUCH et des cadres de la chaîne d’exécution financière sont attendues dans les prochains jours.
SOW Telico