N’ZÉRÉKORÉ : UN CONFLIT FONCIER DÉGÉNÈRE À BOMA 2, DES DIZAINES DE FAMILLES DANS LA TOURMENTE


La tension est montée d’un cran ce mardi 3 novembre 2026 à Boma 2, dans la commune rurale de Samoé, préfecture de N’Zérékoré. Un différend domanial opposant deux parties autour de la propriété d’un même terrain a provoqué des affrontements entre des jeunes du quartier et les forces de l’ordre, plongeant les habitants dans une vive inquiétude.
Tout serait parti d’une intervention effectuée dans la matinée par les agents des forces de sécurité, qui auraient procédé au démontage des portes et fenêtres de plusieurs concessions implantées sur le domaine contesté. Mécontents de cette opération, des jeunes sont descendus dans la rue, érigeant des barricades, brûlant des pneus et lançant des pierres en direction des agents. Après plusieurs moments de tension, les forces de l’ordre ont réussi à reprendre le contrôle de la situation.


Au-delà des affrontements, c’est surtout le sort des occupants qui suscite de nombreuses interrogations. Plusieurs habitants affirment avoir acquis leurs parcelles de bonne foi et dénoncent des conditions d’intervention qu’ils jugent traumatisantes.
C’est notamment le cas de Mamadi Kourouma, qui affirme avoir payé à deux reprises pour la même parcelle, auprès des deux protagonistes du conflit, pour un montant cumulé de 165 millions de francs guinéens. Il accuse également les intervenants d’avoir emporté de l’argent dans une concession appartenant à une vieille femme appelée N’na Fatou.


Cette dernière, installée dans le quartier depuis plus de 30 ans, ne cache pas son désarroi. Elle affirme être régulièrement sommée de quitter son domicile malgré les documents qu’elle dit détenir. Face à cette situation, elle lance un appel pressant au président de la République, Mamadi Doumbouya, afin que les autorités trouvent une solution à leur détresse.


Le pasteur David Lamah, lui aussi concerné par cette affaire, soutient que son beau-père, Maxime Nekoya, avait acquis sa parcelle il y a plus de trois décennies auprès d’Apollinaire, l’un des protagonistes aujourd’hui décédé. Il déplore que les occupants n’aient pas, selon lui, été entendus dans la procédure judiciaire opposant les deux parties.
Le religieux affirme par ailleurs que sa concession a été touchée pendant son absence et qu’une somme d’argent réservée aux activités de son établissement scolaire aurait disparu de son domicile. Selon son estimation, près de 48 concessions seraient concernées par cette opération.


Face à la gravité de la situation, le maire de Samoé, François Édouard Koné, s’est rendu sur les lieux pour constater les faits. Il a appelé les jeunes à éviter toute nouvelle confrontation et annoncé son intention de rencontrer les différentes parties afin de mieux comprendre les circonstances de cette intervention.


Sur le plan judiciaire, le substitut du procureur de la République près le Tribunal de première instance de N’Zérékoré, Mohamed Fatoumata Soumah, a indiqué que le parquet n’avait pas été préalablement informé de l’exécution de l’opération, même s’il était au courant de la décision rendue par la Cour d’appel de Kankan. Une communication ultérieure est annoncée pour apporter davantage de précisions.


Désormais, les regards sont tournés vers les autorités judiciaires et administratives. À Boma 2, les habitants réclament des explications sur l’exécution de la décision judiciaire et surtout des garanties pour leurs habitations et leurs biens. Après plusieurs décennies de contestation foncière, ils craignent de voir leurs familles payer le prix d’un conflit dont ils disent ne pas maîtriser les tenants et les aboutissants.

De N’Zérékoré, Gilbert Soro Conakryweb.com

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