Alors que la décision était attendue après la mise en délibéré du dossier, le procès en appel d’Ibrahima Chérif Bah connaît un spectaculaire rebondissement. Ce mardi 28 avril 2026, la procédure a été entièrement reprise devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), à la suite de récents changements intervenus au sein de cette juridiction spéciale.
Cette audience de reprise a été marquée par une première : la présence du nouveau procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright. Dès l’ouverture, le président de la chambre des appels, Francis Kova Zoumanigui, a une nouvelle fois constaté l’absence du prévenu, toujours à l’étranger. Seul son avocat, Me Sékou Kondiano, a répondu présent. Du côté de la partie civile, représentant les intérêts de l’État, un seul membre du collectif d’avocats était également à l’audience.
Prenant la parole, le ministère public, par la voix d’Alphonse Charles Wright, a sollicité le renvoi du dossier afin de permettre des plaidoiries et réquisitions dans des conditions jugées plus appropriées. Une demande soutenue par l’avocat de la partie civile présent, qui a proposé un délai de trois semaines pour assurer la participation de l’ensemble des conseils.
Après en avoir délibéré, la Cour a accédé à cette requête et fixé la reprise des débats au 19 mai 2026, date prévue pour les plaidoiries et les réquisitions.
Ancien gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) et membre de l’UFDG — ex-principal parti d’opposition récemment dissout — Ibrahima Chérif Bah est poursuivi pour de lourdes charges, notamment détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux, abus de fonction, vol et complicité. Les faits reprochés remonteraient à la période où il dirigeait la BCRG sous le régime du président Lansana Conté.
Toujours absent du territoire national, l’ancien haut responsable n’a jamais comparu devant la justice. En première instance, la CRIEF l’avait condamné à cinq ans de prison ferme, au remboursement de 10,5 millions de dollars au profit de l’État, ainsi qu’au paiement de 5 milliards de francs guinéens à titre de dommages et intérêts. La confiscation de ses biens et un mandat d’arrêt avaient également été ordonnés.
Avec cette reprise inattendue de la procédure, l’affaire Chérif Bah s’inscrit désormais dans une nouvelle phase judiciaire, relançant les débats autour de l’un des dossiers les plus sensibles de la lutte contre la corruption en Guinée.
Aliou Barry pour Conakryweb.com