À l’approche des élections prévues le 31 mai, le climat politique se tend en Guinée. Lors d’une conférence de presse tenue mercredi à Conakry, Dr Faya Millimono, leader du Bloc Libéral (BL) et ancien candidat à la présidentielle de décembre dernier, a vivement critiqué le processus électoral en cours, qu’il juge entaché de graves irrégularités.
Face aux journalistes, l’opposant n’a pas mâché ses mots. Il accuse les autorités de mettre en place un système visant à instaurer un parti unique dans le pays. Selon lui, cette dynamique traduirait une volonté manifeste de contrôler l’ensemble des institutions à venir.
« Nous sommes dans un mécanisme de construction d’un parti-État qui veut, après avoir imposé le président, s’octroyer 99 % des sièges à l’Assemblée nationale et au Sénat », a-t-il dénoncé, évoquant une dérive vers un pouvoir absolu qu’il compare à « un empire ou un royaume ».
Dr Millimono s’inquiète également d’un renforcement jugé excessif des prérogatives de l’exécutif. Il souligne notamment qu’au-delà des pouvoirs déjà accordés au chef de l’État, celui-ci disposerait désormais du droit de légiférer, une évolution qu’il considère comme préoccupante pour l’équilibre institutionnel.
Sur le terrain électoral, le leader du BL affirme que plusieurs candidats de son parti ont été écartés dans certaines localités, en particulier à Kissidougou et à Guéckédou. Il dénonce des pratiques qu’il qualifie de discriminatoires, tout en rejetant toute interprétation communautaire de ses propos.
Originaire de Guéckédou, il insiste sur la nécessité pour tout acteur politique de faire ses preuves à la base. « Or, que constate-t-on ? Les candidats du Bloc Libéral dans toute la région forestière sont systématiquement recalés », regrette-t-il.
Parmi les cas évoqués, celui de la liste du BL à Kissidougou, conduite par une femme, illustre selon lui les incohérences du processus. « On parle de promotion des femmes, mais notre liste dirigée par une femme a été rejetée et n’a même pas été transmise à Conakry », déplore-t-il.
Dr Faya Millimono invite par ailleurs à consulter les décisions de la Direction générale des élections (DGE), affirmant que des anomalies flagrantes y figurent. Il cite notamment le cas de Kissidougou, où seules deux listes auraient été officiellement reçues et validées, sans mention de celle de son parti.
Pour l’opposant, ces éléments traduisent « un état d’esprit préoccupant » et soulèvent des interrogations sur la transparence et l’inclusivité du processus électoral en Guinée, à quelques semaines d’un scrutin décisif.
Gilbert Soro