L’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (Agasa) a annoncé la suspension immédiate de la commercialisation et de la distribution des jus de bissap, de gingembre, ainsi que des glaces artisanales au lait caillé. Invoquant un impératif de santé publique, cette mesure radicale vise à protéger les consommateurs face à des risques sanitaires jugés préoccupants, tout en engageant un vaste plan d’assainissement de ce secteur de l’économie informelle.
Le principe de précaution face aux dérives de l’informel
Très prisées dans les centres urbains et périurbains pour leurs tarifs ultra-compétitifs (50, 100 ou 200 francs CFA l’unité), ces boissons font partie intégrante du quotidien des Gabonais. Cependant, les récents contrôles menés par les autorités sanitaires ont révélé des non-conformités majeures et des manquements hygiéniques préoccupants.
Pour justifier cette mesure de rigueur, l’Agasa pointe notamment du doigt des dosages en sucre largement excessifs ainsi que des processus de fabrication aux règles d’hygiène plus qu’incertaines. À cela s’ajoutent le fléau du recyclage sauvage de bouteilles usagées ramassées dans la rue puis réutilisées sans aucun protocole de stérilisation et de graves lacunes dans la chaîne de conservation et de réfrigération qui exposent quotidiennement les consommateurs à des risques élevés d’intoxication alimentaire. Face à ce constat alarmant, la décision de l’autorité sanitaire suscite déjà une forte vague d’approbation chez de nombreux citoyens et parents de famille, profondément soulagés de voir un contrôle renforcé s’abattre sur ces produits vendus à la sauvette, notamment aux abords des grands marchés de la capitale comme celui des Charbonnages à Libreville.
Un séisme social pour les micro-commerçants
Si l’impératif sanitaire est salué, cette interdiction brutale résonne comme un drame socio-économique pour des milliers de familles gabonaises. Pour ces micro-commerçants et revendeuses de rue, la fabrication et la vente de ces boissons artisanales constituent souvent l’unique source de revenus pour assurer leur subsistance quotidienne. Tombée comme un couperet, la mesure laisse de nombreux acteurs de l’informel désemparés face à la perte soudaine de leur activité.
Vers une régularisation encadrée : la feuille de route de l’Agasa
Consciente du choc social provoqué par cette suspension, l’autorité sanitaire ne souhaite pas enterrer définitivement la filière, mais l’amener vers une normalisation durable. L’Agasa a ainsi initié une phase de recensement et d’accompagnement des producteurs traditionnels à travers une feuille de route stricte en plusieurs étapes avant toute reprise d’activité :
Pour encadrer cette transition vers la sécurité sanitaire, l’Agasa impose désormais un parcours de mise aux normes rigoureux pour l’ensemble des producteurs. Ce processus débute par un enregistrement obligatoire de chaque opérateur auprès des bureaux provinciaux de l’agence, suivi de l’aménagement de locaux conformes, c’est-à-dire exclusivement dédiés à la production et équipés de matériel adéquat. Par ailleurs, les artisans devront se plier à une standardisation de leurs protocoles en formalisant précisément leurs recettes, leurs dosages et leurs méthodes de conservation. Enfin, le feu vert définitif ne sera accordé qu’après un audit technique complet des installations par les inspecteurs de l’agence, doublé de prélèvements d’échantillons pour des analyses approfondies en laboratoire.
Au terme de ce processus de mise aux normes, l’Agasa publiera une liste officielle des opérateurs économiques exclusivement autorisés à reprendre la commercialisation de leurs produits. Un numéro vert gratuit (le 1411) a également été mis à la disposition des populations pour toute demande de régularisation ou pour signaler les infractions sur le terrain.
SOW Telico