Le 29 juin, lors d’une déclaration offensive, le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a publiquement accusé le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, d’avoir unilatéralement modifié le nouveau projet de Constitution. En expurgeant des clauses clés sur la transparence et la gouvernance du parti, le président est accusé par son propre camp de trahir les engagements historiques du PASTEF, actant une rupture désormais visible au sommet de l’État sénégalais.
Les accusations de « tripatouillage » constitutionnel
La lune de miel est définitivement terminée au sommet de l’exécutif sénégalais. Ousmane Sonko a vigoureusement défendu le travail du comité d’experts chargé de rédiger la nouvelle Constitution, balayant les critiques qui qualifiaient le texte d’opaque ou de « tombé du ciel ». Pour le président de l’Assemblée nationale, la légitimité du document est incontestable, le fruit de longs mois de consensus.
Selon lui, les altérations majeures ont été opérées juste après la remise du texte au palais présidentiel. Ousmane Sonko n’a pas mâché ses mots, pointant directement la responsabilité du chef de l’État :
« S’il y a tripatouillage, ça vient du président de la République. La Constitution n’appartient pas à Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Il ne peut pas prendre le texte, regarder article par article, et dire : « Je ne veux plus déclarer mon patrimoine à la sortie » ou « Je veux être président de parti ». »
Le reniement des piliers du PASTEF
Pour le leader de l’Assemblée, les articles supprimés touchent à l’ADN même de leur formation politique, le PASTEF. Il s’agit notamment de l’obligation de déclarer son patrimoine en fin de mandat et de l’interdiction stricte pour le chef de l’État de diriger simultanément un parti politique.
Ousmane Sonko a rappelé qu’il ne s’agissait pas de détails négociables, mais d’engagements portés depuis plus d’une décennie au prix de lourds sacrifices. Rappelant le président Faye à ses propres contradictions passées, il s’est interrogé publiquement :
« Lui-même disait que le président devait déclarer son patrimoine à l’entrée et à la sortie. »
« Lui-même disait que le président de la République ne pouvait pas être président de parti. Les vidéos sont là. »
« Qu’est-ce qui est arrivé à notre petit frère et président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye ? »
Les coulisses de la « Raison d’État » et le jeu de l’opposition
Tout en évoquant de vifs remous dans les couloirs du pouvoir, le chef du législatif a choisi de doper son offensive d’une part de mystère, affirmant garder pour lui « au nom de la raison d’État » de nombreux événements survenus en coulisses. Il accuse toutefois le président d’avoir voulu fouler aux pieds les luttes historiques du parti.
Cette fissure au sommet profite déjà à l’opposition, un phénomène que Sonko observe avec ironie mais partition d’alerte. Tournant en dérision les opposants qui se muent soudainement en défenseurs du chef de l’État, il a prévenu son successeur contre les risques d’un isolement politique :
« La nature a horreur du vide. Quand vous vous séparez de votre âme, de votre base, de votre assise, évidemment, toute sorte de récupérateur va vous récupérer pour vous orienter vers d’autres causes. »
Cette sortie sonne comme un avertissement institutionnel et politique sans précédent, rebattant les cartes de la gouvernance sénégalaise.
SOW Telico