Justice : Un réquisitoire sévère à Mamou pour « abandon de patiente »

Le Tribunal de première instance de Mamou a été le théâtre, ce mardi 12 mai 2026, d’un procès retentissant impliquant trois agentes de santé accusées d’avoir délaissé une femme en plein accouchement. Malgré le retrait de la plainte par la famille, le ministère public a requis des peines de prison et de lourdes amendes, érigeant cette affaire en symbole de la lutte contre l’impunité médicale.

Des aveux à la barre malgré le désistement civil

L’audience de ce mardi a été marquée par une confrontation directe avec les faits. À la barre, les trois prévenues ont reconnu les charges pesant contre elles, admettant n’avoir pas porté assistance à la parturiente.

Un tournant majeur est toutefois survenu lorsque la partie civile a annoncé son désistement. Cependant, pour le parquet, le pardon privé ne saurait effacer le préjudice social. Le procureur a ainsi choisi de maintenir l’action publique, considérant que la sacralité de l’acte médical et l’éthique professionnelle étaient ici gravement bafouées.

Le parquet tape du poing sur la table

Dans son réquisitoire, le procureur de la République, Maurice Onivogui, a dépeint une situation d’une « extrême gravité ». Pour le ministère public, la sanction doit avant tout avoir une vertu pédagogique pour l’ensemble du corps médical guinéen.

Détail des peines requises :

  • Maimouna Djiba Sow et Cécile Balamou : Deux ans d’emprisonnement (dont 23 mois avec sursis) et une amende de 15 millions GNF chacune.
  • Manigbé Kandé (Cheffe du centre de santé) : Deux ans d’emprisonnement intégralement assortis de sursis et 10 millions GNF d’amende.

« Une femme en travail ne peut être abandonnée sans assistance. Le ministère public a estimé nécessaire de prendre ses responsabilités », a martelé Maurice Onivogui pour justifier la fermeté de sa position.

Un délibéré attendu sur fond de débat national

En attendant le verdict, fixé au 19 mai 2026, les trois agentes de santé retournent en détention à la maison centrale de Mamou.

Au-delà de l’aspect judiciaire, ce dossier ravive les tensions sur la qualité de la prise en charge dans les structures sanitaires du pays. Il pose une question fondamentale : comment garantir la sécurité des patientes tout en exigeant une responsabilité professionnelle sans faille du personnel de santé ? La décision du tribunal sera, à n’en point douter, scrutée comme un précédent majeur pour la jurisprudence médicale en Guinée.

SOW Telico

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