À Forécariah, “Donkin Sali” est devenu bien plus qu’une fête

Chaque année, à l’approche de la Tabaski, la préfecture de Forécariah change de visage. Les familles se retrouvent, les rues s’animent, les artistes affluent et toute une communauté se rassemble autour d’un même événement: « Forécariah Donkin Sali». Derrière cette initiative devenue populaire se trouve l’Association pour le Développement de Forécariah (ADEF), dirigée par Touré Aboubacar. Une structure créée en 2013 avec une ambition simple: unir les filles et fils de Forécariah autour du développement de leur terre d’origine.

Pour son président, cette aventure est née d’un engagement ancien. «Depuis l’école, nous étions engagés dans des mouvements associatifs. Mais après la disparition d’un ami très impliqué pour la cause de Forécariah, nous avons décidé de poursuivre son combat», raconte-t-il.

L’ADEF voit alors le jour avec une vision inclusive. Son logo représente quatre bras unis, symbolisant les quatre grands cantons historiques de la préfecture: Moria, Bennah, Sàmu et Kimamu. Au fil des années, l’association multiplie les actions: soutien aux écoles, aide sanitaire, accompagnement des jeunes, rénovation d’infrastructures et réalisation de projets communautaires. Mais c’est avec «Forécariah Donkin Sali» que l’ADEF réussit à créer un véritable mouvement populaire.

L’idée est simple: faire revenir les ressortissants à Forécariah pendant la Tabaski et recréer l’ambiance festive et fraternelle qui manque souvent dans les grandes villes. « À Conakry, après la prière, chacun rentre chez lui. Nous voulions créer une fête collective, une ambiance familiale et communautaire », explique Aboubacar Touré.

Le nom même de l’événement traduit cette volonté d’unité. Les organisateurs ont refusé de choisir une danse traditionnelle particulière afin de ne frustrer aucune communauté de la préfecture. «Chaque sous-préfecture a sa culture, ses rythmes et ses danses. Nous voulions quelque chose qui rassemble tout le monde », précise le président de l’ADEF.

Pendant plusieurs jours, Forécariah vit alors au rythme des prières collectives, des actions de solidarité, des visites aux malades, des concerts géants, des compétitions artistiques et des retrouvailles familiales. La veille de la Tabaski, des lectures intégrales du Coran sont organisées pour la paix, la santé et l’unité nationale. Des bœufs sont immolés et des vivres distribués aux populations. Puis vient le temps de la grande célébration au stade préfectoral, avec la participation d’artistes locaux, nationaux et parfois internationaux. Mais au-delà des spectacles et de l’ambiance festive, « Donkin Sali » garde une forte dimension sociale et citoyenne. Le troisième jour de l’événement est généralement consacré à un forum de réflexion sur les défis du développement de Forécariah : infrastructures, éducation, emploi des jeunes ou encore solidarité communautaire.

Aujourd’hui à sa 9e édition, « Forécariah Donkin Sali » s’impose progressivement comme un symbole d’identité, de cohésion et d’espoir pour toute une génération de ressortissants de la préfecture.

Aliou Barry pour Conakryweb.com

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